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ALASKAN TEAM : RANDO CHIENS DE TRAINEAU PYRENEES ET RAIDS EN SUEDE

Récit de la course

9 Avril 2009 , Rédigé par françois PAGNOUX Publié dans #Courses 2009


      (Salka en train d'être bottinée)                       
Nous voilà donc élancé sur le lac d'Ostersund pour 422 kms.

              Vu l’étroitesse de la piste, les 20 premiers kilomètres ont eu lieu les 2 pieds sur le frein le temps de remonter quelques attelages et de trouver mon rythme. La nuit tombait quand je rentrais enfin dans la forêt boréale et celle-ci fut définitivement installée à l’approche des premiers plateaux. Nous entamions notre première nuit qui, bien sûr, ne se passa pas sans difficulté. Problème stupide mais pénalisant, ma frontale (toute neuve que j’avais toutefois testé à plusieurs reprises et qui me donnait pleine satisfaction) a commencé à montrer des signes de défaillance, bien évidement sur une descente d’au moins 15 kms. Un faux contact des fils me contraignait sans arrêt à y toucher et j’alternais entre obscurité la plus complète et faisceaux lumineux intermittents, si bien que ce qui devait arriver arriva : j’inaugurai mes deux premières chutes de la saison. Sur la seconde, j’ai toutefois perdu la frontale et je n’ai arrêté les chiens que 100 m plus loin. Imaginer la scène : nuit noire, un attelage arrêté en descente et un type sans lumière qui se demande s’y va devoir attendre le lever du jour pour reprendre la course. Car bien évidemment là est mon erreur, je n’avais pas pris qu’une frontale. A vouloir optimiser le poids et le volume du traineau, on fait parfois des choix peu judicieux et je le mesurais. Bref, à force de rechercher dans la neige (pas loin d’un quart d’heure), je distingua une lumière que j’ai pris au début pour un attelage qui approchait puis trouva ma frontale qui par miracle fonctionnait.

J’arriva au premier check point à Ljungdalen à 6h32 du matin, ce qui, au regard de ce qu’aurait pu être ma nuit, était raisonnable. Les chiens avaient alors parcouru 142 kms en 12h32 et bien qu’ils ne se firent pas prier pour faire une pause au chaud dans la paille, ils paraissaient physiquement et moralement bien. Je pressentais déjà depuis quelques kilomètres qu’il me faudrait dropper (enlever du team) mes deux leaders, Gena et Yéti. Gena était blessée à la patte avant droite. Il semblerait que sa bottine lui ai arraché l’ongle de l’ergot et créé une plaie à vif juste en dessous. La vétérinaire confirma mon pressentiment et je pris également l’initiative de dropper Yéti qui montrait des signes de faiblesse en descente (de légères boiteries dont la véto ne décela rien de particulier mais qui me faisait craindre le pire si j’insistais). J’avais déjà Milou et Stile en convalescence pour ce même problème, pas la peine d’en rajouter. Décision prise, je repartirai à 10 chiens. Il faut dire que beaucoup de chiens ont été droppé dès la première étape. Certains en ont parfois enlevé 4 ce qui ne laissait pour le reste de la course qu’une marge de manœuvre de 2 puisque nous devions avoir forcément au minimum 6 chiens pour continuer. Bref, après une bonne soupe chaude, je les laissai pour une bonne sieste méritée. J’étais toutefois assez rassuré sur la condition physique et mentale des chiens. Pas amaigris et l’appétit, je verrai bien leur motivation à reprendre dans quelques heures. Les chiens n’ont pas semblé surpris quand, 3h après, je les ai rebottiné et enlevé leurs manteaux pour repartir. Je suis rassuré, j’ai confiance en eux et pense que ces 70 kms vont être plus faciles.

A la place, je découvre un parcours encore bien plus alpin que celui de la nuit, avec des montées et des descentes sans interruption. Le sommet d’une montagne m’en dévoilait sans cesse un autre, sans illusion d’une arrivée proche et plus douce. Nous passons à proximité d’un glacier et sur des plateaux qui avoisinent les 1 200m. Après 25 kms, je rejoins Henri Coronica, un italien qui vit en Suède et avec qui j’ai déjà couru sur la Vindeljfallenslopet et Lars-Ake Lundahl, un suédois qui a remporté cette même course cette année. Leurs chiens semblent accuser le coup et ils profitent de mon passage pour raccrocher le wagon, profiter de l’élan. Les chiens de Lars-Ake craqueront toutefois face à une côte et je ne le reverrais qu’au check point de Tanndalen 2h après mon arrivée. A plusieurs reprises tout au long de la piste, je croise des attelages contraints à l’arrêt, les chiens ayant refusé d’aller plus loin, épuisés. Certains ont même planté les tentes. Je comprends qu’il n’est alors plus question d’arrêter les chiens pour les snacker faute de quoi, je ne redémarre plus. Je sens bien qu’ils sont tentés par un arrêt depuis qu’on a croisé les autres attelages, alors je les encourage, les relance sans discontinue et reste attentif au moindre écart sur le côté qui signifierait une pause involontaire. Yervi et Stallo, qui se retrouvent en tête depuis le début de cette étape me stupéfait. Ils écoutent à la perfection et ne rechignent jamais lorsque je les incite à garder le cap. Je sens qu’Henri tient bon derrière et sa présence me fait du bien. Nous arrivons ensemble à Tanndalen, pour ma part après 6h32 de course. Ce que je pensais être une étape de plus fut une véritable épreuve pour moi comme pour les chiens mais quelle merveilleuse expérience. Je sais maintenant que Stallo et peut-être même Yervi vont prendre la relève de Maverick qui me fait tant défaut et je sais que quelque chose s’est renforcé entre eux et moi pendant ces heures de galère. Je les sais solides, persévérants et dévoués sans condition. Je sais aussi que je ne continuerai pas plus loin, que la course s’arrête là. J’y pense depuis 4h et ma décision est prise. Henri, sitôt l’encre plantée, vient me remercier chaleureusement pour mon aide, faute de quoi, il se savait dormir en montagne avec les autres mushers. Nadia, l’organisatrice me conseille de me reposer avant de prendre une décision « hâtive »  ou provoquée par la fatigue. Certes, je suis épuisé, courbaturé, mais ma décision est prise et je ne changerai pas d’avis. J’espère seulement ne pas trop le regretter.

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sam 10/04/2009 12:32

Une superbe aventure: un echange unique entre l'homme et ses chiens!! un depassement de toute une equipe!!un profond respect!!sam

Bernadette et Alain (Les Vendéens) 09/04/2009 14:03

La décision d'arrêter n'a pas dû être facile à prendre....Cela doit tout de même être une fantastique expérience, apportant dépassement de soi malgré l'épuisement ; mais aussi, doutes, remises en question, interrogations ...pour finalement être une formidable aventure riche d'émotions fortes.  BRAVO