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ALASKAN TEAM : RANDO CHIENS DE TRAINEAU PYRENEES ET RAIDS EN SUEDE

Bilan de la course

14 Avril 2009 , Rédigé par françois PAGNOUX Publié dans #Courses 2009

  (Aire de stake out à Tanndalen)

J’arrête donc la course à 211 kms, soit pile à la moitié, avec des chiens en forme. Certes, je pensais dropper Dalavardo qui lui aussi commençait à montrer des signes de faiblesse en descente mais la forme des autres était surprenante. Envie de manger, pas spécialement affaiblis, pas amaigris du tout, l’œil vif, bref : fatigués mais bien. Ce que la vétérinaire confirmera. Je décide toutefois d’arrêter car je sais qu'en continuant, je « tire » dessus, que la fatigue va réellement commencer à se faire sentir et que pour l’instant aucune blessure grave n’est à déplorer. Nous sommes dans la nuit de samedi à dimanche et jeudi, je pars pour un séjour de six jours en montagne autour d’Ammarnas et en enchaine ainsi 3 comme ça. J’ai déjà 4 chiens en convalescence dans le camion (Milou, Stile et Star auxquels s’ajoute Gena, Yéti est déjà remise !) mais je ne peux pas me permettre à 4 jours d’un séjour d’ «abîmer» ou d’épuiser les chiens en continuant et ainsi compromettre la fin de saison. J’ai besoin d’eux, ce qu’ils m’ont témoigné me suffit, même si je reste sur ma fin. Mauvaise planification qui remonte à plus de six mois. Dommage, la prochaine fois, je prévoirais une semaine de travail en étoile au départ d’Ammarnas. Les chiens blessés auront alors tout le loisir de se reposer et ceux qui n’ont pas couru pourront remettre le pied à l’étrier.

Au terme des 6 heures de repos obligatoires et après avoir englouti une quantité astronomique de tout type d’aliment à ma portée de main, je confirme, l’âme en peine, mon scratch sur la course. Nadia aurait aimé me voir continuer et son soutien me touche. Mon handler le comprend et me soutient également dans cette décision. Quand le lendemain les regrets pointeront inexorablement, elle n’aura de cesse de me répéter le bien fondé et la sagesse de la décision et de me répéter que oui, les chiens pouvaient continuer sans difficulté et que oui, la prochaine fois, on ira plus loin. Quand on rentre les chiens au camion, tous nous déboitent le bras tellement ils tirent fort. Salka va même pleurer au petit matin en voyant son harnais pensant que l’heure du départ approche. Je suis rassuré : aucun ne semble dégouté, fatigué, blessé. Je me remémore la veille et regarde Yervi et Stallo avec admiration quand je repense à l’envie qui les poussait à s’écarter du chemin pour dormir et leur obéissance face à mes relances incessantes. Je suis vraiment fier d’eux, de leur motivation, de leur écoute, de leur persévérance, de leur obéissance, de leur abnégation. Ils m’ont tous fait confiance et ont continué. Même raccourci, je suis satisfait de cette course car en dehors du chalenge, je voulais vivre de nouvelles expériences avec eux, aller plus loin dans nos relations. Voilà chose qui est faite. Les expériences de randonnée en Suède ont indéniablement été profitables car les chiens savent que je ne baisse jamais les bras face à une tempête ou un jour blanc et ils savent que si je demande quelque chose, c’est parce que je sais qu’ils peuvent le faire et que je n’exagérerai pas jusqu’à l’usure. Les 6 chiens de la portée de Kiowa et Madisson sont tout à fait exceptionnels (pour moi bien sûr). Ils sont un parfait compromis pour le travail, la randonnée et la course ... et surtout une portée « fait maison ». Bien sûr que je ne ferai jamais de grand classement avec eux, mais leur polyvalence me permet de réaliser de très beaux rêves ensemble.

Il est évident que les mushers scandinaves ne peuvent qu’avoir des performances notoires notamment sur la Grande Odyssée : ils ont le terrain pour entrainer chaque jour leurs chiens sur des centaines de kilomètres avec, en plus, le même dénivelé que chez nous. Pour le peu qu’ils sélectionnent judicieusement leurs chiens, il n’y a plus aucune rivalité possible : juste profiter de leur présence sur les courses pour observer.

Côté course, j’ai appris depuis que les 2 premières étapes sont incontestablement les plus difficiles : pas loin de 3000m de dénivelé positif en 210 kms ! Pour l'organisation, rien à dire : précis et clair (de ce qu’on a compris !), parfait. Des personnes accueillantes, disponibles jour et nuit.

Concernant notre organisation, je suis agréablement surpris de ne pas avoir commis d’erreur ou d’oubli majeur (même mineur) à part bien sûr une seconde frontale !!! et la nourriture fut justement dosée.

 

Une autre décision est donc déjà prise : je reviendrais et je finirais. Peut-être pas dès l’an prochain car 3 des 12 chiens ne pourront pas y participer et que tous mes chiens n’ont bien sûr pas ce potentiel. Il me faut donc des nouveaux chiens ce qui était déjà mon objectif avant de partir en Suède. Car comme chaque année, j’avais prévu de revenir avec de nouveaux pensionnaires !!!


(Yervi à gauche et Stallo à droite)

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Récit de la course

9 Avril 2009 , Rédigé par françois PAGNOUX Publié dans #Courses 2009


      (Salka en train d'être bottinée)                       
Nous voilà donc élancé sur le lac d'Ostersund pour 422 kms.

              Vu l’étroitesse de la piste, les 20 premiers kilomètres ont eu lieu les 2 pieds sur le frein le temps de remonter quelques attelages et de trouver mon rythme. La nuit tombait quand je rentrais enfin dans la forêt boréale et celle-ci fut définitivement installée à l’approche des premiers plateaux. Nous entamions notre première nuit qui, bien sûr, ne se passa pas sans difficulté. Problème stupide mais pénalisant, ma frontale (toute neuve que j’avais toutefois testé à plusieurs reprises et qui me donnait pleine satisfaction) a commencé à montrer des signes de défaillance, bien évidement sur une descente d’au moins 15 kms. Un faux contact des fils me contraignait sans arrêt à y toucher et j’alternais entre obscurité la plus complète et faisceaux lumineux intermittents, si bien que ce qui devait arriver arriva : j’inaugurai mes deux premières chutes de la saison. Sur la seconde, j’ai toutefois perdu la frontale et je n’ai arrêté les chiens que 100 m plus loin. Imaginer la scène : nuit noire, un attelage arrêté en descente et un type sans lumière qui se demande s’y va devoir attendre le lever du jour pour reprendre la course. Car bien évidemment là est mon erreur, je n’avais pas pris qu’une frontale. A vouloir optimiser le poids et le volume du traineau, on fait parfois des choix peu judicieux et je le mesurais. Bref, à force de rechercher dans la neige (pas loin d’un quart d’heure), je distingua une lumière que j’ai pris au début pour un attelage qui approchait puis trouva ma frontale qui par miracle fonctionnait.

J’arriva au premier check point à Ljungdalen à 6h32 du matin, ce qui, au regard de ce qu’aurait pu être ma nuit, était raisonnable. Les chiens avaient alors parcouru 142 kms en 12h32 et bien qu’ils ne se firent pas prier pour faire une pause au chaud dans la paille, ils paraissaient physiquement et moralement bien. Je pressentais déjà depuis quelques kilomètres qu’il me faudrait dropper (enlever du team) mes deux leaders, Gena et Yéti. Gena était blessée à la patte avant droite. Il semblerait que sa bottine lui ai arraché l’ongle de l’ergot et créé une plaie à vif juste en dessous. La vétérinaire confirma mon pressentiment et je pris également l’initiative de dropper Yéti qui montrait des signes de faiblesse en descente (de légères boiteries dont la véto ne décela rien de particulier mais qui me faisait craindre le pire si j’insistais). J’avais déjà Milou et Stile en convalescence pour ce même problème, pas la peine d’en rajouter. Décision prise, je repartirai à 10 chiens. Il faut dire que beaucoup de chiens ont été droppé dès la première étape. Certains en ont parfois enlevé 4 ce qui ne laissait pour le reste de la course qu’une marge de manœuvre de 2 puisque nous devions avoir forcément au minimum 6 chiens pour continuer. Bref, après une bonne soupe chaude, je les laissai pour une bonne sieste méritée. J’étais toutefois assez rassuré sur la condition physique et mentale des chiens. Pas amaigris et l’appétit, je verrai bien leur motivation à reprendre dans quelques heures. Les chiens n’ont pas semblé surpris quand, 3h après, je les ai rebottiné et enlevé leurs manteaux pour repartir. Je suis rassuré, j’ai confiance en eux et pense que ces 70 kms vont être plus faciles.

A la place, je découvre un parcours encore bien plus alpin que celui de la nuit, avec des montées et des descentes sans interruption. Le sommet d’une montagne m’en dévoilait sans cesse un autre, sans illusion d’une arrivée proche et plus douce. Nous passons à proximité d’un glacier et sur des plateaux qui avoisinent les 1 200m. Après 25 kms, je rejoins Henri Coronica, un italien qui vit en Suède et avec qui j’ai déjà couru sur la Vindeljfallenslopet et Lars-Ake Lundahl, un suédois qui a remporté cette même course cette année. Leurs chiens semblent accuser le coup et ils profitent de mon passage pour raccrocher le wagon, profiter de l’élan. Les chiens de Lars-Ake craqueront toutefois face à une côte et je ne le reverrais qu’au check point de Tanndalen 2h après mon arrivée. A plusieurs reprises tout au long de la piste, je croise des attelages contraints à l’arrêt, les chiens ayant refusé d’aller plus loin, épuisés. Certains ont même planté les tentes. Je comprends qu’il n’est alors plus question d’arrêter les chiens pour les snacker faute de quoi, je ne redémarre plus. Je sens bien qu’ils sont tentés par un arrêt depuis qu’on a croisé les autres attelages, alors je les encourage, les relance sans discontinue et reste attentif au moindre écart sur le côté qui signifierait une pause involontaire. Yervi et Stallo, qui se retrouvent en tête depuis le début de cette étape me stupéfait. Ils écoutent à la perfection et ne rechignent jamais lorsque je les incite à garder le cap. Je sens qu’Henri tient bon derrière et sa présence me fait du bien. Nous arrivons ensemble à Tanndalen, pour ma part après 6h32 de course. Ce que je pensais être une étape de plus fut une véritable épreuve pour moi comme pour les chiens mais quelle merveilleuse expérience. Je sais maintenant que Stallo et peut-être même Yervi vont prendre la relève de Maverick qui me fait tant défaut et je sais que quelque chose s’est renforcé entre eux et moi pendant ces heures de galère. Je les sais solides, persévérants et dévoués sans condition. Je sais aussi que je ne continuerai pas plus loin, que la course s’arrête là. J’y pense depuis 4h et ma décision est prise. Henri, sitôt l’encre plantée, vient me remercier chaleureusement pour mon aide, faute de quoi, il se savait dormir en montagne avec les autres mushers. Nadia, l’organisatrice me conseille de me reposer avant de prendre une décision « hâtive »  ou provoquée par la fatigue. Certes, je suis épuisé, courbaturé, mais ma décision est prise et je ne changerai pas d’avis. J’espère seulement ne pas trop le regretter.

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Objectif non atteint ... pour cette année !

5 Avril 2009 , Rédigé par françois PAGNOUX Publié dans #Courses 2009

       Comme beaucoup le savent déjà, nous n'avons pas réussi à atteindre l’objectif fixé.
       Je vais vous raconter cette formidable expérience mais avant tout je voulais tous vous remercier pour votre soutien. Vous avez été très nombreux à m’envoyer des messages d’encouragements par texto, téléphone ou par mail. Vos témoignages m'ont fait du bien de vous savoir si impliqués. Je ne vous pensais pas si assidus d’Alaskan Team et tant attachés aux chiens. Cela me touche beaucoup ! Merci donc à tout le monde, à Nadia et à ma famille.

          Je vais essayer de vous faire vivre cette course à travers un récit qui va se faire sur trois articles : la préparation et le départ ; la course et le bilan ainsi que la raison de cet arrêt. 

    (Aire de stake out avant le départ avec Eros et Singi au premier plan) 

Petite précision avant de commencer, Milou n’a pas pu faire parti du team, il s’est blessé quatre jours avant le départ (piste trop dure d’où le muscle de l’épaule droite froissé sur une descente donc repos obligatoire, massage et anti-inflammatoire). Yeti, qui était donc sur liste d’attente, a pris la relève au pied levé. Star et still aussi sont bléssés et remplacés par eros et vindel.

 

Nous avons donc pris la direction d’Ostersund le jeudi 26 mars au matin avec les 22 chiens pour 6 heures de route. La veille avait été consacré aux derniers préparatifs, notamment la nourriture des chiens, soit 150 kg de  viande et 35 kg de croquettes, tant pour ceux qui couraient que pour les dix autres chiens qui allaient suivre tout ça au chaud confortablement installés dans le camion.

L’organisation nous a réservé un accueil très chaleureux au seul français inscrit sur la course et Nadia, une organisatrice d’origine française, m’a bien facilité les démarches, mon anglais étant très approximatif. La fin de la journée fut consacrée au contrôle vétérinaire et aux derniers détails.
               Le vendredi matin était réservé au mushers meeting (en suédois et norvégien). Bien que traduit en anglais, cela n'a pas changé grand chose car pour tout vous dire ... je n'ai rien compris pendant 2 heures. Nous avons donc suivi le mouvement. Le départ en Mass Start de plus de 50 attelages en même temps sur le lac gelé d’Ostersund nécessite une organisation rigoureuse. Cette partie du lac ne pouvant "supporter" que 10 camions à la fois, nous devions passer par convoi sur une route de glace, laisser le traineau chargé en face de notre ligne de départ et aller nous garer sur la terre ferme.
              A partir de 16h30, il ne restait plus qu’1h30 pour faire contrôler le contenu du traineau par la juge de course, amener les 12 chiens à la laisse sur la ligne (pas une mince affaire lorsque ceux-ci sentent une ambiance particulière monter crescendo chaque minute qui passe), bottiner et atteler sur la ligne de départ. A ce moment là, pas loin de 600 chiens n’attendent qu’une chose : que ce fichu drapeau rouge en ligne de mire se baisse enfin. Je vous passe les détails sur l’excitation plus qu’impressionnante des chiens, sur la cacophonie et la pression ambiante. Le calme de Yervi, Stallo, Eros et Vindel en était stupéfiant. Je ne sais pas grand-chose de ce qui nous attend, les chiens encore moins que moi, mais je sais que nous allons vivre quelque chose d’unique et de fort. Il ne nous est pas donné de vivre de telles expériences en France et même si les séjours en Suède me font vivre avec eux des échanges plus soutenues et intenses, j’imagine déjà que ceux-ci vont être un cran supplémentaire dans nos rapports. Le drapeau rouge se baisse enfin et nous voila parti pour, dans un premier temps, 142 kms jusqu’au premier check point, Ljundalen. En 10 secondes un silence étonnant contraste avec le brouhaha de l’heure précédente. Les 50 attelages ont largué et première surprise, le goulot d’étranglement ne se trouve qu’à
500 mètres et se réduit sur la largeur ... d’un seul traineau ! Vous pouvez imaginer la scène : quelques chutes, des enmélages et de longues files d’attente juste après le départ. 

              Quoiqu’il en soit, ce départ est un vraiment quelque chose à vivre de part l’organisation, la tension et la beauté de l'instant.

 

Suite au prochain épisode dans quelques jours !!!

 


   (les chiens attelés à 1 minute du départ)
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